CÉCILE DESPONT : CONSTRUIRE SON CHEMIN !
19 nov. 2018
Quand beaucoup de retraités envisagent de partir sur le chemin de St Jacques pour faire le bilan, Cécile, à 25 ans, commence, se lance, à la recherche de ce plus qui va orienter sa vie et lui donner son sens, le sens de l'essentiel ; et durant les deux heures que va durer notre entretien, je ne vais cesser de m'émerveiller de ses témoignages, de sa réflexion en grande sagesse et profondeur...
Comment décide-t-on de partir ? Quel parcours de vie étudiante te conduit à ce choix radical ?
Que ce soit au niveau de mes études après mon Bac ou celui de mon Service Civique (deux ans à L'Arche à Astaffort), d'un début de formation d'éducateur spécialisé, j'ai beaucoup tâtonné, « souffert », comprenant que je n'étais pas faite pour ça, que les choix amorcés ne me convenaient pas... Ce n'étaient pas vraiment des constats d'échec, mais le début d'une compréhension sur moi-même. Je prenais conscience de mes fragilités, de mes blocages, alors j'ai saisi l'opportunité de partir avec mon copain à l'aventure, d'abord en Europe. Le froid de février 2018 en Croatie nous a dissuadés de continuer et d'un commun accord nous avons décidé de prendre la route de Compostelle, dans un esprit purement rando chez lui, et moi dans l'attente d'un « plus » dont j'ignorais la nature.
C'est déjà très courageux physiquement car les épreuves ne vont pas manquer.
Oui, notre équipement camping était sommaire et le début a été galère : souvenez-vous de ce mois de mai où il n'a cessé de pleuvoir. L'épreuve commence par les chaussettes détrempées que l'on enveloppe de plastique avant d'enfiler les chaussures ; la douche (la vraie!) on ne l'a pas tous les jours. J'ai aussi connu la peur bleue d'un orage où les éclairs se succédaient tellement que j'ai fait l'autruche dans mon sac de couchage : ne rien voir venir surtout !
Mais sur la route, et ce sont les petits miracles quotidiens, il y avait des mains tendues ?
Tout le temps ! C'est extraordinaire, quand on n'en peut plus, que l'on cherche un abri, on se trouve face à une pancarte qui indique « Donativo », ce lieu d'accueil où l'on va pouvoir manger, se laver et où l'on donne ce que l'on veut, ce que l'on peut, en pensant aux autres qui arriveront plus dénués que nous. Et puis, ici ou là, un petit déj. offert, le sol d’une salle à manger, et même une fois une chambre d'hôte inoccupée ! Ces gestes de générosité ont été nombreux.
La générosité, c'est contagieux ; je me souviens de ce jeune qui faisait la manche pour rentrer en Israël en s'accompagnant de sa guitare : c'était dans les 100 derniers km avant Santiago : ambiance fébrile, presque parasite, beaucoup trop de monde. Personne ne s'arrête... J'ai eu envie de m'arrêter pour l'écouter ; et là, chose bizarre, les gens se sont arrêtés et ont donné des sous à l’israélien quand à mon tour j’ai joué et chanté une chanson…
Rencontres providentielles ?
On ne peut plus parler de coïncidence, de hasard quand on a fait Compostelle car les gens sont là au bon moment de notre attente. Comme nous, d'ailleurs qui avions choisi de suivre notre rythme à l'instinct. Et c'est ainsi que tu restes 2 heures à Lauzerte parce que tu as entendu de l'orgue dans l'église. Tu ne demandes rien, tu obtiens des trucs énormes.
Chaque chose en son temps ?
C'est ça. Les choses arrivent dans la patience et la confiance. Petit à petit j'ai compris que mes problèmes passés étaient liés au fait que je ne m'aimais pas assez, que je n'avais pas de compassion, de respect pour moi. Ce constat, c'était déjà un début de reconstruction.
Tu m'as dit que tu faisais route avec ton ami. C'était un réconfort, une prise de risque, aussi ?
(Cécile sourit). Bien sûr... D'ailleurs les 400 derniers km (sur les 1 600 au total), je les ai parcourus toute seule. Nous nous sommes séparés. Il était dit que nous ne continuerions pas ensemble mais même si j'ai pu le comprendre, la rupture a été douloureuse.
Au point d'hésiter à poursuivre ?
J'ai hésité à peine avant de me dire qu'il me fallait continuer en solo. Et c'est là qu'au milieu de mes larmes, j'ai trouvé Saloua, une musulmane. Son nom signifie « consolation » ! Ce n'est pas extraordinaire ? Je devais la retrouver à plusieurs reprises. De plus, le jour de cette rupture, je me trouvais dans une auberge où mon chagrin n'était pas passé inaperçu.
Le jour d'après, j'ai marché 25 km. Au bout de cette distance, j'ai entendu une voiture freiner brusquement et klaxonner. Le premier moment d'inquiétude passé, je reconnaissais le cuisinier de l'auberge qui avait suivi le chemin pour s'assurer que j'allais bien. Vers St Jacques, quand on vous demande « ça va ? », ce n'est pas une formule toute faite qui n'attend pas la réponse, c'est vraiment « Est-ce que vous allez bien ? » C'est toute la différence.
Si je résume, c'est la bienveillance que tu as côtoyée ?
J'ai remarqué que l'on a souvent tendance à s'étonner de la gentillesse des gens. Or moi, depuis que je suis revenue, c'est de la méchanceté des gens dont je m'étonne. C'est un des changements opérés. Je reviens à cette notion de confiance que je trouve primordiale Apprendre à regarder avec des yeux d'enfant, c'est important.
Quels enseignements tires-tu de ton expérience ? Et le travail de reconstruction ?
Quatre mois de cheminement (de début mai à fin août) m'ont permis de me réconcilier avec moi-même, j'ai été fière de pouvoir dormir deux nuits toute seule sous le porche d'une église. Cette confiance en moi me permet de savoir dire non, désormais. Aujourd'hui, (comme mon père !), je vois plus les solutions que les problèmes. J'arrive à mieux pardonner.
Quel chemin parcouru depuis la petite fille enfouie dans son sac de couchage !... Mais, revenir, ce doit être difficile ?
Oui, même si on sait que « le chemin continue » Les proches disent parfois que l'on s'est coupés de la réalité. C'est faux, on a vécu une autre réalité et ce que l'on retrouve, on le regarde avec plus de détachement, de distance. De lucidité aussi. Mon travail d'intérim, aujourd'hui, je le vis bien.
Quelle devise t'accompagne aujourd'hui ?
Celle-ci que j'aime particulièrement, dire « pardon, merci, s'il te plaît » . Ça résume tout.
Merci, Cécile pour ce témoignage lumineux qui nous donne un bol d'oxygène.
Propos recueillis par Geneviève C le 02 octobre 2018
Si je résume, c'est la bienveillance que tu as côtoyée ?
J'ai remarqué que l'on a souvent tendance à s'étonner de la gentillesse des gens. Or moi, depuis que je suis revenue, c'est de la méchanceté des gens dont je m'étonne. C'est un des changements opérés. Je reviens à cette notion de confiance que je trouve primordiale Apprendre à regarder avec des yeux d'enfant, c'est important.
Quels enseignements tires-tu de ton expérience ? Et le travail de reconstruction ?
Quatre mois de cheminement (de début mai à fin août) m'ont permis de me réconcilier avec moi-même, j'ai été fière de pouvoir dormir deux nuits toute seule sous le porche d'une église. Cette confiance en moi me permet de savoir dire non, désormais. Aujourd'hui, (comme mon père !), je vois plus les solutions que les problèmes. J'arrive à mieux pardonner.
Quel chemin parcouru depuis la petite fille enfouie dans son sac de couchage !... Mais, revenir, ce doit être difficile ?
Oui, même si on sait que « le chemin continue » Les proches disent parfois que l'on s'est coupés de la réalité. C'est faux, on a vécu une autre réalité et ce que l'on retrouve, on le regarde avec plus de détachement, de distance. De lucidité aussi. Mon travail d'intérim, aujourd'hui, je le vis bien.
Quelle devise t'accompagne aujourd'hui ?
Celle-ci que j'aime particulièrement, dire « pardon, merci, s'il te plaît » . Ça résume tout.
Merci, Cécile pour ce témoignage lumineux qui nous donne un bol d'oxygène.
Propos recueillis par Geneviève C le 02 octobre 2018


