EN CHEMIN AVEC ST FRANCOIS, LA ROUTE DES ERMITAGES
24 nov. 2010C'est curieux ce choix que tu fais pour ton carnet de voyage : te faire interviewer au lieu de construire une synthèse sur ta semaine du 16 au 23 octobre dernier dans la vallée de Rieti en Italie sur le chemin de San Francesco. Peux-tu expliquer ce choix à nos lecteurs ?
G/ Avec tout ce que je rapporte comme notes sur mon voyage, notes personnelles, dépliants, messages, réflexions et cartes postales, je croyais que ce serait facile de rendre un témoignage. Eh bien non, tout le contraire ! Comment rendre tout ça, c'était trop dense, trop intense, je me suis noyée dans ces notes et j'ai préféré faire un témoignage plus direct... au risque de laisser de côté une grande part documentaire.
Commençons par le commencement : qu'attendais-tu de ce voyage ?
G/ J'avoue qu'en m'inscrivant, je pensais autant à un voyage touristique et sportif : randonner au milieu des oliviers, ce serait dépaysant, agréable... Oh, j'avais bien le programme, je savais bien que la démarche serait spirituelle, je me demandais même si sur le plan de la prière, j'aurais assez d' " endurance "! Mais de l'endurance, de la patience et de l'effort, il en fallait pour gravir les chemins au fort dénivelé (diplomatiquement et de façon rusée, le frère Nicolas avait parlé de " pente régulière " !!!) Nous nous accordions de longs temps de silence et cela déjà nous préparait à la prière. Et puis... je me suis trouvée dans un groupe de brivistes qui avait préparé ce voyage (un thème de réflexion par jour en fonction du lieu visité). Un moine franciscain, frère Nicolas Morin les avait guidés dans cette préparation et lui-même était au cœur du voyage. Quelqu'un d'extraordinaire ce frère Nicolas et puis qui mieux que lui pouvait nous parler de St François, de sa vie si exemplaire et de l'idéal de l'Ordre des Frères Mineurs qui n'a pas changé depuis la fondation de la Règle conçue à l'ermitage de Fonte Colombo?
Tu connaissais la vie de Saint François ?
G/ Un peu comme tout le monde, les Fioretti (°), Saint François renonçant au monde, François proche de la nature, mais ce voyage me l'a fait connaître plus profondément.
C'est-à-dire ?
G/ Ce qui m'impressionne le plus, c'est la façon radicale avec laquelle il a rompu avec son passé, s'est dépouillé au sens propre de ses habitudes de vie aisée, de ses plaisirs, de ses privilèges en s'exposant à la risée de ses proches. Par exemple son expérience de chevalier, il l'amorce à peine, rencontrant un chevalier pauvre, il lui donne tout son équipement... François, c'est l'image même de la conversion : les lépreux, il en a horreur, il s'en détourne, se bouche le nez, les évite avant de pouvoir les approcher et les embrasser !
| Mais ensuite, il va vivre comme un ermite loin du monde ? G/ C'est un des messages que je retiendrai. L'ermitage est toujours situé à mi-pente de la colline et non tout en haut, inaccessible. Et chaque ermitage est orienté de façon à voir le village en contrebas. François se recueillait dans l'anfractuosité de la roche (le specco) pour prier et louer Dieu mais il se savait en mission parmi les hommes.
Ce doit être impressionnant de voir ce specco ? G/ Plus qu'impressionnant, bouleversant car les ermitages ont gardé leur aspect primitif .On nous a expliqués: François choisissait de se recueillir dans la roche qui est l'image même du durable, de la permanence, donc de Dieu. Et cette fissure dans le rocher le renvoyait à la blessure du flanc du crucifié. François veut approcher le Christ par sa vie entière. Il en portera les stigmates que l'on ne découvrira qu'à sa mort.
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Tu découvrais tout simplement l'entraide !
G/ Dans nos feuilles de route, j'ai relevé ceci: « Un pèlerinage est une école d'égalité : riche ou pauvre, savant ou non, il s'agit d'avancer patiemment et humblement. Les gestes de la vie prennent une autre saveur : boire, se laver, accueillir un sourire en chemin. On y apprend aussi l'entraide : indiquer le chemin, partager la nourriture, etc... A l'étape, c'est aussi vivre dans un monde clos, entre pèlerins dans une ambiance fraternelle... » Cette ambiance fraternelle, je l'ai vraiment ressentie...
Concrètement ?
G/ Par le biais d'un exercice proposé par Nicolas. Dans un temps de silence prolongé, le Frère nous a demandé d'évoquer intérieurement chacun de nos compagnons de route et de faire émerger une qualité que nous avions repérée chez eux. Or, nous nous connaissions si peu ! Et bien, « ça » venait tout seul, la douceur de l'un, l'esprit d'attention et d'écoute de l'autre, l'humour du troisième, l'énergie communicative de l'organisateur...
Comment as-tu vécu le retour ?
G/ Je le redoutais, c'est si fort et « absolu » ce qui se vit dans cette brèche du quotidien. Combien de temps l'état de grâce va durer ? Nous allons retourner à nos turbulences, nos éparpillements. Alors pour ma part, je me suis fixé deux directives concrètes dans l'esprit de la fraternité franciscaine : mieux réguler sa vie autour des deux pôles « prière et mission » et pratiquer la prière de louange et d'émerveillement... Mais le chemin est en pente régulière... C'est-à-dire escarpé!
(°) Fioretti di San Francisco (Les petites fleurs de Saint François), traduction de la fin du XIVème siècle d’un écrit latin franciscain, peut-être collectif, qui peint la vie de François d’Assise et des premiers franciscains.
M. Th. C